2013, virée sur le Piémont Pyrénéen.

 

Et voila, il m’a fallu attendre trois années et atteindre mes 76 ans pour faire une autre randonnée. Cette fois, j’ai réussi à me faire accompagner par Jean, mon beau-frère, lui aussi mordu de marche à pieds. Notre balade nous a fait arpenter le piémont pyrénéen, hélas dans des conditions climatiques désastreuses… Que de pluie avons-nous eue.

28 mai 2013    Départ de Pau pour Tarbes par le train de 13,15 heures. Arrivés à Tarbes, après une bonne heure d'attente, nous prîmes le bus pour Bagnères de Bigorre où nous arrivâmes vers 17 heures. Alors, avec pour la première fois nos sacs sur le dos, nous traversâmes tranquillement la petite cité pour rejoindre le gite du « Chat Ronfleur ». Ce gite est vraiment à recommander pour son accueil et son confort.

A noter qu’il avait fait beau toute la journée mais que les prévisions météorologiques pour les jours à venir n’étaient pas très folichonnes.

 

29 mai 2013    A 7,20 heures, départ pour Lourdes... sous une pluie glacée, la neige apparaissait tomber vers 1200 mètres.

La première partie de l’étape se passa sans problème jusqu’au rond point d’Esquiou à la cote 1034 ; et là, nous fîmes une grosse bourde, notre seule d’ailleurs; au lieu de prendre la route forestière des Soulagnets, nous partîmes plus au sud en direction du col du Couret; je n'avais pas suffisamment fait attention aux observations que j'avais pourtant notées minutieusement avant notre départ. Heureusement, nous rencontrâmes un bon Samaritain sous la forme d’un automobiliste qui, étonné de nous voir sur cette piste, s’arrêta pour nous dire deux mots. A la question « où allez-vous ainsi ?, notre réponse « vers les Soulagnets , puis Juncalas» le fit sourire; « Vous vous êtes trompés… Voulez-vous que je vous remmène au rond point d’Esquiou, » Evidemment nous acceptâmes. Que ce serait-il passé sans cette opportune rencontre ?

Les proches sommets fraichement enneigés vus des Soulagnets.

  

Revenus à ce fameux rond point d'Esquiou, nous reprîmes notre marche en nous promettant bien de faire très attention lors des traversées futures de carrefour. Nous rejoignîmes enfin les Soulagnets où nous fîmes une petite pose au pied de l'église. Puis nouveau départ vers l'enfer insoupçonné qui nous attendait. En effet après être descendu vers le petit torrent qui coulait au bas du village, puis l'avoir traversé, nous tombâmes devant un écriteau qui marquait la fin temporaire du sentier... "GR 78, veuillez rejoindre l'arbre isolé que vous apercevez". Un arbre se détachait dans le milieu d'une prairie et la seule voie qui nous était offerte était celle tracée par les passages répétés des bovins qui y paissaient. Cette petite sente raide, boueuse, bouseuse, défoncée, trempée était quasi infranchissable; trois pas en avant, deux pas en arrière et même parfois à quatre pattes, il nous fallut bien s'y aventurer, malgré les réticences de Jean se demandant :"c'est bien le bon chemin?". Arrivés à ce fameux arbre, qu'arriva-t'il ? Rien, ce bourbier continuait encore sur quelques centaines de mètres vers une vieille bergerie entourée d'un véritable cloaque. De là nous continuâmes à travers de hautes fougères où nous faillîmes nous perdre de vue. Enfin ce fut la libération quand nous retrouvâmes un chemin qui nous conduisit... vers une prairie inondée que nous dûmes traverser sur la pointe des pieds. Le plus dur était passé et nous arrivions enfin à Hourc Dessus. Il fallut alors rechercher un abri pour essayer de casser la croûte au sec. Ce fut une bergerie abandonnée, en retrait du chemin, qui nous accueillit; alors, assis sans confort sur de vieux pneus, nous nous reposâmes un court instant avant de reprendre notre périple.

Le reste du chemin fut anecdotique; nous arrivâmes enfin à Lourdes vers seize heures et nous rejoignîmes le gite LA RUCHE. Nous y reçûmes un accueil très chaleureux et, pendant que nos chaussures séchaient, nous profitâmes d'un bon dîner préparé par des hospitalières.

 

  Le vieux pont de Bétharam avec un Gave de Pau grossissant.   "Ce pont a esté basti par Daniel Bairon de Lescar, Maître ingénieur, 1667"

30 mai 2013     Vers 7,15 heures départ pour Bruges sous une pluie moins froide que la veille, mais plus soutenue. En partant, nous nous arrêtâmes quelques instants à la Grotte Bénie où nous allumâmes un cierge commun à toutes nos intentions ; puis en route en suivant le sentier parallèle au gave de Pau. C’était par moment assez boueux mais encore bien praticable.

 Nous fîmes quelques courses à Saint Pé de Bigorre pour le casse coûte de midi, puis direction Bétharam où nous envisagions de faire une pose. Arrivé en ce lieu, l’église étant fermée, nous gravîmes immédiatement le sentier du chemin de croix en recherchant vainement un abri. La pluie avait augmenté d’intensité, mais qu’y faire ? Nous trouvâmes refuge sous le porche de la chapelle de la Résurrection proche du Calvaire. En repartant, nous empruntâmes un sentier détrempé avant de retrouver des chemins goudronnés.

 (Que le goudron est agréable à fouler par ces temps de chien !).

 

Nous arrivâmes à Bruges vers 15,30H  au gite « Le Pitchoulou », gite d’une propreté et d’un confort sans pareil; Jean pourrait en témoigner

Au "Pitchoulou, Jean prépare un repas substantiel pour deux organismes affamés.

 

31 mai 2013   Il pleut des cordes, heureusement il n’y a pratiquement pas de vent ; tant pis, en avant vers Oloron Sainte Marie. Alors, foin des puristes, nous ferons du goudron, que du goudron.

Bien nous en prit, car même la départementale 232 était très souvent traversée par de véritables torrents qui nous obligeaient à sauter ou encore à marcher sur nos talons pour éviter que nos chaussures ne soient submergées et que nos pieds ne pataugent carrément à l’intérieur. Pour manger, vers 13 heures, nous nous réfugiâmes dans un abri de la gare d’Ogeu ; que nous étions bien sans nos capes sur le dos !  Puis que faire d’autre que marcher en regardant où mettre les pieds ? Nous arrivâmes enfin sur la Route nationale 134 et, pour la première fois nous honnîmes le goudron ; le trafic devenait important et bruyant, ce qui nous obligeait à prêter une attention permanente à notre position sur le côté gauche de la route. Puis à deux kilomètres d’Oloron, alors que l’on prenait espoir d’un rapide repos, un véritable déluge nous tomba dessus, si bien que cette grande route était totalement submergée par l’eau et, bien entendu, nos 

Dans la montée vers Saint Colomme, Jean bien emmitouflé dans ses vêtements de pluie.

pauvres pieds étaient devenus tellement trempés que, si nous n’avions pas eu de chaussures, il n'en eu pas été pire.

Enfin nous rejoignîmes le gite d’Oloron qui nous apparu au moins aussi salvateur que l’Arche de Noé dut apparaître aux animaux qui y furent accueillis lors du Déluge (le vrai). Le gite, bien que confortable, était moins calme que celui de la veille; en effet nous y rencontrâmes plusieurs randonneurs en route sur la voie d'Arles.

Au pied d’un chauffage électrique, nos chaussures fumèrent de toutes leurs vapeurs une bonne partie de la nuit.

 

Surprise de découvrir cette petite Vierge installée dans un fossé, au bord de la route.

 1 juin 2013   Il pleut encore mais de manière plus discrète, cela ressemble plus à du gros crachin entrecoupé d’averses plus importantes. Aujourd’hui encore nous utiliserons majoritairement des voies goudronnées, ce sera la départementale 24 jusqu'au lieu dit Gatzan, puis le GR78.

 Alors, vers 7,30 H ce fut le départ vers Mauléon Licharre toujours revêtus de nos protections contre la pluie : cape et guêtres ou cape et pantalon spécial anti pluie. Ce fut une étape sans problème, il nous fut quand même difficile de trouver un abri pour grignoter nos beaux sandwitches: ce fut le petit auvant d’une vieille grange au pied de laquelle se trouvait comme une large marche qui nous servit de siège.

Trouver le gite de Mauléon ne fut pas très aisé. Nous devions d’abord, à proximité de la Mairie trouver un café restaurant, l’Eskualdura, où l’on devait nous remettre les clés du gite, puis, munis de ce césame, retrouver ce gite près des locaux de la Sécurité Sociale. Une dame, à qui l’on demanda notre chemin, nous mena gentiment vers l’Eskualdura et là, fort de renseignements assez précis, nous rejoignîmes notre lieu de repos.

. Il ne restait plus, comme chaque soir, à faire quelques courses pour préparer notre dîner et les casse-croûtes du lendemain midi (corvée de Jean, bien entendu... merci Jean). 

Un peu plus tard arrivèrent deux autres marcheurs, deux sœurs venant de Marseille. Elles allèrent manger au restaurant de l'Eskualura. Comme le gite était équipé d'un lave-linge et d'un sèche-linge, nous en profitâmes tous pour faire une lessive commune.

 

2 juin 2013   Le ciel est gris et menaçant, mais il ne pleut pas. Nous enroulons donc nos capes sur nos sacs et, comme d’habitude, nous partons peu après 7 heures pour rejoindre Saint Just Ibarre. Nous utiliserons pour partie de petites routes goudronnées ou encore des pistes forestières de qualité.

Peu avant d’arriver à Ordiarp, comme par hasard, la pluie revint. Alors sans hésitation, nous nous revêtîmes de nos capes et autres protection… enfin nous essayâmes de le faire, car Jean n’arrivait pas à refermer la sienne. Il me demanda de regarder ce qui pouvait coincer : alors de m'esclaffer « Jean, ce n’est pas ta cape ! » « Quoi, ce n’est pas possible ! », « ne serait-ce pas celle d’une des sœurs marseillaises ? Cette cape que tu portes a la même couleur, mais ce n’est pas la même marque que la tienne! ». Il fallut se rendre à l’évidence. Mais nous avions déjà parcouru plusieurs kilomètres et il était hors de question de revenir. Ce qui nous rendit un peu la conscience tranquille fut de savoir que les deux soeurs devaient, au soir, rejoindre le même gite que nous. Nous continuâmes notre marche et gravîmes le col de Napale qui bien que peu élevé est un vrai raidillon. La pluie était faible, parfois inexistante.

Nous avions prévu de rallonger l’étape en faisant une boucle vers le col de Zuharry. Mais le temps incertain et peut être le moral atteint par cette histoire de cape, nous n’en fîmes qu’une partie et cette étape fut ainsi la plus courte de notre périple, 29 kilomètres seulement. Nous arrivâmes donc à Saint Just vers 15,30 heures et, installés dans le gite Dominicateya, nous attendîmes impatiemment NOS MARSEILLAISES. Enfin, vers 17 heures, elles apparurent, l’une recouverte d’une cape qui lui allait presque jusqu’aux pieds. Nous rîmes bien de cette petite mésaventure, ce qui, ma fois, ne devait pas nous couper l’appétit. Le village n’ayant pas de commerce, notre hôte, contactée la veille, avait fait le plein de pain et autres victuailles. Pourtant, avant de penser davantage à nos estomacs, guidés par notre hôte, nous allâmes visiter l'église du village. Ainsi nous apprîmes que Saint Michel Garicoïts, le fondateur du Bétharam religieux que nous connaissons, était né dans une pauvre famille de ce village, peu avant la Révolution Française. Après cette petite excursion, il ne restait plus qu’à cuisiner rapidement, dîner en choeur et à faire dodo.

 

A Ordiarp Jean en tenue de pluie racourcie.

 

 

Début d'acalmie dans la descente du col de Napale.

 

 

A Ordiarp René en tenue de pluie normale.

 

 

Une palombière? peut être.

3 juin 2013  Comme le veille, le ciel est gris sans pluie, mais il est très bas et il nous faudra certainement affronter le brouillard lorsque nous serons plus haut. Départ à l’heure habituelle vers Saint Jean Pied de Port.

Comme nous l'avions prévus nous partîmes pour faire le détour par Behorleghy via la Maison des Palombières située à plus de 600 mètres d’altitude. Jusqu’à Hosta, ce ne fut qu’une balade tranquille, mais avec ce défaut majeur qui nous accompagnait depuis le début, un plafond bouché qui nous empêchait de profiter du paysage merveilleux de la région. Après Hosta, ce fut une bonne grimpette qui nous fit pénétrer dans le brouillard et nous permit seulement d’apercevoir quelques palombières lorsque nous passâmes à proximité de leur installation. Un peu plus loin, la descente vers Behorleghy fut par moment un vrai casse-patte du fait de la raideur de la pente. Mais, O miracle, nous n’avions pas utilisé nos capes pour nous abriter et en plus, quelques timides rayons de soleil faisaient leur apparition.

Stèles funéraires du cimetière de Behorleghy.

Le village de Behorleghy nous permit, dans le cimetière, d’admirer d’extraordinaires stèles funéraires. Ensuite ce fut une promenade agréable sur des routes peu fréquentées passant par Bascassan, Aincille ou encore Caro. Ceci nous permis d’arriver à Saint Jean Pied de Port vers les 16 heures. Alors nous nous pointâmes au gite Esponda, le temps de poser nos sacs ; puis, comme d’habitude, ce fut la corvée des course au petit supermarché le plus proche. Le soir, l’ambiance n’était pas aussi tranquille que les jours précédents, nous avions retrouvé la foule des « Pelerins » empruntant la voie du Puy.

 

En allant vers Bascassan.

               

Et nous voila arrivés à Saint Jean Pied de Port.

 

Soleil timide dans le brouillard.

4 juin 2013   Ce jour devait nous faire emprunter, à l’envers, la voie du Puy jusqu’à Saint Palais, mais nous décidâmes d'en modifier l’itinéraire.

Aussi vers 7,20 heures nous partîmes en direction du col des palombières par la départementale 22, puis la départementale 518 qui, sur une bonne partie de son parcours, s’apparente à une piste forestière de qualité. Le matin, il y avait du brouillard, mais un brouillard de beau temps qui se leva rapidement, nous permettant enfin de jouir du panorama remarquable de cette partie du Pays Basque.

Col des Palombières.

Au col des Palombières nous fîmes une petite pose, ce qui permit à Jean de protéger un peu une cheville légerement blessée par le frottement d’une chaussure ; que cet endroit était paisible et beau ! Nous entamâmes la descente qui n’était pas très abrupte et notre parcours fut sans problème. Depuis midi environ, nous cherchions un endroit calme et adapté pour casser la croûte, quand le hasard nous fit découvrir une cabane de chasseur située en léger retrait de la route et qui avait tout pour nous accueillir, bancs et table. Nous nous installâmes à l’aise. A peine commencions nous notre repas que deux autres personnes vinrent nous rejoindre et aussi déballèrent leur panier. Il s’agissait de deux ouvriers qui travaillaient dans des serres toutes proches ; cette compagnie nous fut très agréable et changea un peu notre train-train habituel. Nous repartîmes vers Saint Palais, où nous arrivâmes vers 16 h.

Au gite «  La Maison des Franciscains », nous reçûmes un accueil royal. Ce gite est probablement un des plus convivial que je n’aie jamais connu. Je n'ai pas résisté à l'envie de reproduire ici, quelques images prises sur place.

 

Prière des ânes affichée dans le gite. Ci-contre la copie de la prière.

Prière des Ânes.

Donne-nous Seigneur de garder les pieds sur terre et les oreilles dressées vers le ciel.

Donne-nous un dos courageux pour supporter les hommes les plus insupportables.

Et un gosier héroïquement fidèle à son vœu de ne pas boire quand il a soif.

Donne-nous d’avancer tout droit en méprisant les caresses flatteuses autant que les coups de bâton.

Donne-nous d’être supérieurs aux injures et à l’ingratitude, car c’est la seule supériorité que nous ambitionnons.

Nous ne te demandons pas de nous faire éviter toutes les sottises, car Aristote dit qu’un âne fera toujours des âneries.

Donne-nous seulement de ne jamais désespérer de la miséricorde si gracieuse pour les ânes si disgracieux… à ce que disent les pauvres humains qui n’ont rien compris ni aux ânes, ni à Toi mon Dieu qui as fui en Egypte avec un de nos frères et qui as fait ton entrée à Jérusalem sur le dos d’un des nôtres.

 

 

Statue de Saint François d'Assise avec les stigmates du Christ apparentes.

Tour de défense du XIVème siècle à Labastide.

 

5 juin 2013  Ce doit être notre dernière étape qui va nous mener à Puyoo où nous pourrons trouver des trains qui nous ramèneront à Pau. Nous en avons repérés plusieurs dont celui de 15,15 heures et celui de 16,30 heures, nous devrons donc faire en sorte de ne pas arriver trop tard.

 Nous partîmes vers 6,45 heures en suivant nos habitudes, goudron mais routes sans trafic. Ce fut ainsi la départementale 29 qui reçu notre visite. Nous devions la suivre une grande partie de la journée. Elle nous fit passer par Labastide Villefranche où nous pûmes admirer la tour de défense du XIVème siècle ainsi que quelques ouvrages extérieurs du « Château Bijou ».

Nous continuâmes ensuite à chevaucher la D 29 jusqu’à notre arrivée au lieu dit Teulé. Alors nous empruntâmes le chemin de Serre Caute qui, demeurant sur les crêtes des coteaux, nous conduisit jusqu'à proximité de Puyoo. Ce chemin goudronné nous permit, grâce au temps ensoleillé, d’admirer tout le piémont pyrénéen jusqu’aux sommets environnant le col de Roncevaux ; il était temps quand même d’avoir une vision d’ensemble de la région que nous venions de traverser. Puis ce fut Puyoo, la gare, le train de 15,15 heures, l’arrivée à Pau, avec le seul regret de ne pas avoir pu profiter davantage des merveilleux paysages que nous avions cotoyés. Mais qu'en eût-il été si nous avions parcouru ces mêmes chemins deux semaines plus tard! Des crues énormes dévastèrent une grande partie de la région que nous venions de traverser

C’était fini.

A la gare de Puyoo, une dernière photo pour affirmer notre belle camaraderie.

 

Et après ? Nous avions parcouru 260 kilomètres en 8 étapes. Nous avons de vieilles jambes ? Peut être, mais des jambes de 71 et 76 ans qui se permettent des randonnées de cette sorte peuvent encore rêver à de nouvelles virées, n'est-ce pas Jean?

 

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