Chroniques de Lalongue

de 1852 à 1870.

 

 

Napoléon III est maintenant Empereur. Aussitôt, il met en place un régime autoritaire, mais la machine économique fonctionnant bien, peu de gens s'en offusque (on note quand même la révolte de Victor Hugo traitant l'Empereur de "Napoléon le Petit"). A partir de 1860, le régime se libéralise : le droit de grève est accordé en 1864, les ouvriers ont le droit de constituer des caisses d'entraide, le corps législatif obtient peu à peu des droits. Cette libéralisation du régime est approuvée massivement par un plébiscite en mai 1870.

Durant cette période, la France opère un grand décollage industriel; le crédit se libéralise, de grands travaux sont entrepris : modernisation de Paris (baron Haussmann), bonification de la Sologne et des Landes (création de la forêt des Landes). Mais c'est aussi la guerre de Crimée, l'aventure mexicaine, et encore la conquête du Sénégal, la réunion de la Savoie et du Comté de Nice à la France. Mais l'année 1870 viendra, encore une fois, tout bouleverser.

 

Et à Lalongue ?

 

Le 13 mai 1853  Jean Poulit est toujours Maire de Lalongue, et l'on s'aperçoit que l'entretien des chemins vicinaux a été un peu trop laissé de côté au profit de la voie de grande communication n° 4 (chemin de Simacourbe vers Garlin). "En conséquence, Monsieur le Maire proposerait de réduire la somme de 525,71 francs à 325,71 francs fixée par Mr le Préfet pour ... le chemin de grande communication et d'utiliser la somme de 200 francs ... pour la réparation très urgente à effectuer sur nos chemins communaux".

 

Le 13 août 1854  Emballement du prix des loyers. On doit augmenter à 35 francs l'indemnisation de logement de l'instituteur. En effet si "la commune n'a payé que 30 francs par an antérieurement à 1853, c'est que l'ancien instituteur, demeurant dans sa propre maison, s'accommodait d'une pareille indemnité; qu'à part de cette considération, le Maire apprécie la cherté du loyer dans la commune soit par rapport à l'avantage qu'elle possède d'être traversée par une route de grande communication du nord au sud, soit encore à cause des nombreux travaux que le riche Château de la localité procure à une foule d'ouvriers." Ces travaux concernaient certainement l'entretien et la mise en culture de la grande propriété, sans compter la nombreuse domesticité qui devait être au service des propriétaires. A cette époque, il n'était pas encore question de la rénovation totale du château qui devait intervenir beaucoup plus tard.

 

Le 24 décembre 1854  Une circulaire préfectorale demande au Conseil Municipal de se prononcer sur la création éventuelle d'une société de secours mutuel. "Après avoir ouï lecture de la circulaire et du décret précité, la Conseil Municipal , à l'unanimité

NAPOLEON III

reconnaît avec bonheur la sagesse pleine de philanthropie du gouvernement de l'Empereur et sa tendre sollicitation pour l'amélioration morale et physique des classes laborieuses par l'organisation des sociétés des secours mutuels. Le Conseil Municipal, vu que les ouvriers habitants la présente commune ne sauraient abandonner la moindre partie de leurs salaires, attendu qu'ils sont en dessous de leurs besoins; vu que dans cet état de chose  la création d'une caisse ne saurait avoir lieu..." Le Conseil Municipal rejette donc cette idée, mais ne propose pas non plus de faire participer les grosses fortunes du village... Il faut quand même signaler que depuis quelques années existe un comité de bienfaisance dont le rôle était en principe de venir en aide aux plus déshérités ; en quelque sorte le CCAS avant l'heure.

 

Français d'origine Russe, Alexandre Yermoloff était né à Paris en 1821, il était le fils de Pierre Yermoloff Gentilhomme de la Chambre et Secrétaire d'Ambassade à Paris; cette famille devint française en 1829.

Fortuné, Alexandre était un rentier de profession. Il possédait des domaines en Russie et en 1849, il acheta à la famille Dariste le château de Lalongue.

Il était marié à une de ses parentes la princesse Anastasie Scherbatoff dont il eut 5 enfants dont trois naquirent à Pau et deux à Lalongue. Il avait pris l'habitude, pendant l'été, de louer de riches villas à Pau, c'est ce qui explique que trois de ses enfants y vinrent au monde. Sa femme mourut prématurément et il se remaria en 1862 avec Louise Séroni, une jeune Italienne de Bologne.

Son passage à Lalongue fut très important pour le commune où il a laissé de nombreuses marques. Donation de terrains pour y tracer des routes, pour la création d'écoles et de la Mairie etc. Il fit aussi grandement modifier le château pour lui donner l'aspect que l'on lui connaît actuellement

 

 

Ci-contre, photo d'Alexandre Yermoloff par Eugène Disdéri.

 

Le 4 novembre 1855.  L'état de pauvreté d'une partie de la population devient critique et le Conseil Municipal semble s'en émouvoir. Il observe ainsi  "l'état de pénurie que crée la cherté des subsistances, mais aussi le nombre des ouvriers que la commune renferme, ouvriers non propriétaires ou possédant des parcelles minimes de terrain et dont les bras pourraient être employés utilement pour eux et pour la commune pendant le dur hiver qui se prépare: la charité privée venant au secours des vieillards et des infirmes, le Conseil pense que c'est surtout des personnes valides qu'il importe de s'occuper en leur donnant un travail profitable à tous." Et à ce propos on note que la route départementale D228 était alors en construction sous l'appellation de chemin d'intérêt communal d'Escoubès à Séméacq Blanchon et que les travaux pouvaient être une opportunité pour donner un peu de travail aux Lalongais; mais comme le tracé dans la commune n'était pas encore défini, ce ne pouvait être qu'un voeux pieux.

Comble de la misère, une épidémie de choléra frappa la région et la commune dût s'approvisionner en médicaments auprès de Mr Labourdette pharmacien à Pau.

 

Le 15 août 1857.  On reparle de construire un nouveau chemin pour aller de Lalongue à Lannecaube. En effet le 8 mai 1838 Mr Dariste avait déjà proposé la même opération qui, bien qu'acceptée par le Conseil municipal, n'avait toujours pas vu le jour. Cette fois-ci Mr Yermoloff propose que l'ancien chemin passant à proximité du château et se dirigeant vers Cadelosse soit abandonné au profit d'un autre à créer et qui, "ayant pour point de départ sur le chemin de grande communication N°4 le portail de Moulat, descend jusqu'au bas du bois de Labadie, commune de Lannecaube, et conduit au moulin de la même commune." (Ce moulin aujourd'hui restauré sert de maison d'habitation). Cette fois-ci, les travaux vont-ils enfin se faire ?

Ce même 15 août, on vote l'allocation d'une somme de 25 francs pour procéder à des travaux pour la toiture de la chapelle de Moncaubet dont "l'état de délabrement nécessite de promptes réparation".

 

Le15 août 1858. Il semble que le nouveau chemin de Lannecaube a vu le jour. En effet, au cours d'une délibération sur le parcours du nouveau chemin d'intérêt commun d'Escoubès à Séméacq entre Lalongue et Gayon, on peut lire qu'un tracé nord de Lalongue "est d'une exécution plus facile vu la conformation du terrain, d'un travail moins considérable, qu'il dessert le centre du village, ne présente qu'une seule courbe et serait d'une utilité plus générale, à cause de sa situation intermédiaire entre les points d'arrivée du chemin d'intérêt commun venant du moulin de Lalongue et de la côte nouvelle du chemin vicinal partant du moulin de Lannecaube et aboutissant à la propriété de Moulat."

 

Le 18 novembre 1861. Réaménagement du cimetière.

"Considérant que la décence exige l'ordre et la bonne tenue des lieux de sépulture et que les familles n'ont aucun droit spécial sur telle ou telle portion de terrain, à moins qu'elles n'en aient obtenu la concession temporaire ou perpétuelle.

Considérant que... plusieurs tombes anciennes demeurent couvertes de plantations qui sont cause d'encombrement.

Le Conseil est d'avis de faire exécuter autour de l'église par le cantonnier communal l'allée circulaire déjà commencée et de procéder aux inhumations par rangées no interrompues en respectant toutefois les emplacements occupés depuis moins de cinq ans... et qu'il y a lieu également de procéder immédiatement à l'enlèvement des arbustes qui prennent un développement trop considérable"

Et maintenant, en 2008, on commence un nouvel aménagement de notre cimetière.

 

Ci-contre, le calvaire élevé à l'entrée du cimetière et offert par Monsieur Alexandre Yermoloff en 1862 à l'occasion des cérémonies de clôture d'une mission de prédications en 1862.

 

 

Le 10 février 1863. Proposition pour la construction de bâtiments municipaux.

"Monsieur le Maire, ayant fait connaître au Conseil la proposition faite par Monsieur Yermoloff présent à la délibération, de céder gratuitement à la commune, en toute propriété, pour y établir une mairie et une école avec jardin attenant, le terrain dit de Matou, situé sur le bord du chemin de grande communication n°4, entre la maison presbytérale et le jardin de Bleu, figurant au plan cadastral sur les numéros 406, 407 et 408."

Le préfet donna son accord et, le 15 novembre 1863, le Conseil Municipal lui fit demander "de bien vouloir nommer un architecte pour la formation des plans et devis nécessaires."

Bien que la proposition fut accueillie favorablement, elle n'eut pas de suite sous cette forme. Ce qui reste de cette proposition est le terrain à proximité de l'ancien presbytère et encore appelé "JARDIN D'ECOLE". De nouvelles propositions se feront en 1869.

 

le 24 octobre 1869,  Mr Alexandre Yermoloff fait une nouvelle proposition de donation de terrain à la commune. Il s'agit "d'une pièce de terre dite de Manautet de Tapie de contenance d'environ cinq ares quatre vingt huit centiares pour y bâtir une maison commune et ses dépendances;" et "d'une autre pièce de terre dite de Matou contenant environ huit ares dix centiares, pour y maintenir le jardin à l'usage de l'instituteur communal et de l'Ecole communale."

A ce sujet, le Conseil Municipal se réjouit que la commune puisse disposer en toute propriété d'un tel emplacement "pour l'établissement d'une maison d'école", d'autant plus qu'il s'y trouve une "fontaine abondante située dans la partie centrale". C'est sur cet emplacement qu'en définitive sera construit, quelque temps plus tard, l'école de garçon et la Mairie de Lalongue.

 

Le 5 mai 1855. Monsieur Alexandre Yermoloff est nommé Maire de Lalongue et prête le serment de l'époque "Je jure obéissance à la Constitution et fidélité à l'Empereur."

 

Le 24 mars 1867. Proposition de création d'un bureau de poste à Simacourbe.

Le Conseil Municipal doit se prononcer sur la suit à donner à une proposition de la Préfecture. Ce jour là, il "déclare qu'un bureau de distribution de poste fût créé à Simacourbe, attendu que d'une part, le service postal ne peut s'effectuer journellement que ce soit à cause de l'éloignement qui existe entre Lalongue et le bureau de Lembeye, qui le dessert, et que, d'autre part, toute dépêche locale subit régulièrement un jour de retard pour le même motif.

Le Conseil Municipal manifeste donc le désir que la création dont il s'agit puisse avoir lieu; car il consent volontiers à ce que la commune doit détachée du bureau dont elle dépend aujourd'hui pour être desservie par le bureau qui serait créé à Simacourbe."

Mais, comme souvent, après la première décision, il faut attendre son contraire. En effet, le 25 juin 1870, pour des motifs que nous verrons au prochain chapitre, le Conseil Municipal s'opposera fermement à cette décision et prônera le statu quo .

 

L'école de Lalongue. Je ne sais pas où était situé le bâtiment qui abritait alors l'école, ni où était le local qui servait de Mairie. Le bâtiment d'école était loué, car on voit sur les registres qu'il y avait un loyer annuel pour "la maison d'école". Quels élèves étaient accueillis ? Il semble que tous les garçons devaient y aller, mais il est certain que souvent il en manquait parmi ceux qui vivaient dans des foyers éloignés du bourg où dont les parents jugeaient qu'il était plus important de rester à la maison pour garder les troupeaux. L'école accueillait aussi quelques filles car l'école était mixte (ce devait être celles de milieu assez aisé). L'école était payante pour les familles aisées et gratuites pour celles qui étaient indigentes. Ainsi en 1867, on note qu'il y avait "28 élèves payants à raison de 1,25F par mois" et "19 élèves indigents" pris en charge par la commune.

En plus de cela, une dame donnait des cours de "travaux d'aiguille" spécialement réservés aux jeunes filles. Il y avait aussi des cours du soir donnés par l'instituteur à l'intention des adultes qui presque tous étaient illettrés. Cet Instituteur avait vraiment beaucoup de travail.

Le février 1870,  le Conseil Municipal, "reconnaît que la commune est obligée de créer une école spéciale de filles", et il vote un budget de 400F destiné à rémunérer une institutrice, il lui accorde aussi une indemnité de logement de 50F. Quelle évolution !

 

Et les évènements graves de 1870 se profilent à l'horizon, comment Lalongue vivra-t-il cette période de violences?

 

Retour aux pages d'histoire de Lalongue.................

-Histoire locale