Chroniques de Lalongue

de 1814 à 1830.

 

Cette période est connue sous le nom de Restauration.

Elle commence le 6 avril 1814 (abdication de Napoléon et son départ en exil à l'île d'Elbe), est interrompue du 20 mars 1815 au 22 juin 1815 (Retour de Napoléon, Waterloo, nouvelle abdication de Napoléon et son exil définitif à Sainte Hélène), puis reprend sous l'appellation de seconde Restauration jusqu'en 1830. La Restauration vit le règne de Louis XVIII de 1814 à 1824 (mort du Roi), puis celui de Charles X de 1824 à 1830 (1830 c'est la Révolution de Juillet, puis l'avènement de la  Monarchie de Juillet).

 

A Lalongue, bien que loin de Paris, le village était lui aussi brinqueballé par les changements politiques. Mais c'était plus probablement les événements locaux qui devaient faire jaser l'ensemble des commères du village. Ainsi ...

 

 

Le 5 juillet 1814  Le sieur Bourgalanne, conseiller municipal de la commune et habitant de Moncaubet, vient avertir le Maire (Berdalle) qu'un "enfant venant de naître" était "exposé sur la muraille du cimetière."

"Et par nous dit Maire faisant droit à la réquisition ci-dessus nous nous sommes incontinent transportés, accompagné des sieurs Pierre Verger deuxième né, laboureur, et Jean Peyrey aussi laboureur habitant au dit Moncaubet, dans le cimetière de l'église de ce lieu. Là étant, nous avons trouvé un enfant exposé sur la muraille du dit cimetière. Nous avons de suite fait lever cet enfant, nous avons appelé la demoiselle Marie Lespy dite Gaye, habitante au dit Moncaubet, pour désenvelopper le dit enfant, laquelle s'est transportée; et après l'avoir désenveloppé nous avons reconnu que cet enfant est du sexe féminin, lequel enfant femelle était seulement enveloppé de deux morceaux de drap d'étoupe et troussé avec un autre morceau de drap d'étoupe, le tout très usé et sans coiffe.

Lequel enfant nous avons remis de suite à la dite Marie Lespy dite Gaye pour l'allaiter et en avoir les soins nécessaires pendant qu'on puisse le faire recevoir aux hospices de Pau. Le dit enfant nous a paru être âgé d'environ douze à quinze jours."

 

Le 4 Mars 1815           Alors que Berdalle est toujours Maire de la commune et qu'il avait juré fidélité à L'Empereur, il convoque les nouveaux membres du conseil municipal nommés par le Préfet de Pau afin qu'ils jurent fidélité au Roi. C'est ainsi que "les sieurs Uyacq Arnaud , Lafon-Laclaverie Bernard , Chapeu Simon, Lamarquette Jean tous laboureurs et Nabère Dubouix Pierre se sont rendus au lieu ordinaire des assemblées communales... Ils ont individuellement prêté le serment qu'exige la dite commission et en ces termes :"Je jure et promets à Dieu de garder obéissance et fidélité au Roi, de n'avoir aucune intelligence, de n'assister à aucun Conseil, de n'entretenir aucune ligue qui serait contraire à son autorité. Et si dans le ressort de mes fonctions où ailleurs, j'apprends qu'il se trame quelque chose à son préjudice, de le faire connaître au Roi". Manque à la célébration "le sieur Cabé Paul qui ne s'est point rendu à son poste comme membre du Conseil après être convoqué par écrit par le dit Maire". Etait-il malade ou en désaccord avec le motif de la convocation ?

Cet acte précède de peu le retour de l'Empereur pour l'épisode des Cent Jours.

 

Le 27 avril 1815            L'Empereur est de retour; alors, de bon coeur ou un tantinet forcé, Monsieur le Maire et tout le Conseil Municipal renouvellent le serment déjà fait le 24 septembre 1813 : "je jure obéissance aux constitutions de l'Empire et fidélité à l'Empereur".

 

Le 24 mai 1815             Il faut maintenant se remémorer que depuis déjà de nombreuses années, les Maires sont nommés par le Préfet du département. Et voilà qu'après son retour de l'île d'Elbe, le 22 avril 1815, Napoléon, aidé par Benjamin Constant, fait promulguer un complément à la Constitution de l'Empire remise en honneur, "l'Acte Additionnel aux Constitutions de l'Empire". Dans cet Acte, il est spécifié que les communes de moins de 5000 habitants ont le droit d'élire leur Maire. Alors, à Lalongue, le 24 mai on va s'exécuter.

"L'an mille huit cent quinze et le vingt quatre du mois de mai, au lieu ordinaire des assemblées communales de la commune de Lalongue et Moncaubet réunies, les habitants ayant droit de voter s'étant assemblés par la convocation qui en a été faite, en exécution du décret impérial du 30 avril dernier relatif à l'élection d'un Maire et adjoints dans les communes dont les municipalités sont à la nomination des Préfets..."

On procède alors à la formation du bureau de vote, puis à l'élection proprement dite. "L'assemblée a procédé à la nomination d'un Maire au scrutin individuel et à la pluralité absolue des voix, et après le dépouillement qui en a été fait, aucun sujet n'a eu la pluralité absolue qu'il a fallu passer à un second scrutin individuel et à la pluralité absolue des voix et rendu les résultats. Il s'est trouvé que le sieur Lanusse (Bernard) a obtenu la pluralité absolue des voix, c'est à dire que sur soixante deux votants il a eu trente huit suffrages et par cet ordre il se trouve élu Maire".

Evidemment, le nouveau Maire va prêter le serment d'obéissance aux Constitutions de l'Empire et de fidélité à l'Empereur.

 

18 juin 1815                                 WATERLOO.

 

Dans les registres, il n'est pas fait mention des malheurs de l'Empereur ni, bien entendu, du retour du Roi Louis XVIII. Pourtant les premiers conseils municipaux qui suivirent ce nouveau changement de Régime de la France montrent que Berdalle est redevenu Maire de Lalongue. En fait la nomination de Lanusse Bernard n'apparaît que comme un intermède sans suite. Aucun document signé par lui en tant que Maire n'existe dans les registres municipaux. A Lalongue on peut imaginer qu'il y eut quelques règlements de compte. Et pourtant la vie des édiles a dû continuer assez tranquillement, et il semble que l'équipe municipale présente avant les Cent Jours ait été reconduite après le départ de l'Empereur.

 

Le 4 décembre 1816           Le Préfet nomme "les sieurs Berdalle dit Grilhou (jean), Maire actuel, pour remplir les fonctions de Maire dans la commune de Lalongue, et le sieur Lanusse (Bernard), adjoint actuel, pour remplir celle d'adjoint du Maire". Bien sûr, ils prêtent serment au Roi d'après la formule suivante :" Je jure fidélité au Roi, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du Royaume".

 

Le 10 Septembre 1817          On apprend que le Recteur de L'académie, avec l'agrément du Préfet, "Au sieur D'Arramon (Jean) natif de Beuste, muni d'un brevet de capacité de 3ème degré... accorde l'autorisation d'exercer les fonctions de l'enseignement primaire dans la commune de Lalongue, Section de Moncaubet, en qualité d'instituteur communal".

 

Comme par hasard, au mois d'août 1818, on retrouve encore les mêmes problèmes de chemin devenus espaces de culture ou encore de vandalisme dans les vignes; ce semble avoir été, à cette époque, un des sports favoris des Lalongais.

On note aussi que la fabrique de l'église St Martin devait posséder quelques terres sur lesquelles se trouvait un certain nombre de châtaigniers. en effet, en septembre le marguillier (ou sacristain) procédait à la vente aux enchères de châtaignes. Ainsi le 27 septembre 1818, l'instituteur D'Arramon s'en porta acquéreur pour 37 livres. En septembre 1819, "le sieur Pouquine a été le dernier enchérissant et a promis de payer la somme de vingt sept francs au dit marguillier. Le dit Pouquine a payé ses dettes. L'emploi en a été fait pour acheter six cierges pour l'église pesant dix livres". En 1820 ce fut encore le sieur Pouquine qui emporta le lot de châtaignes pour 33 livres.

 

Le 5 mars 1822     Le Conseil municipal se lance dans de gros investissements suite "à des remboursements de fournitures faites par la commune en 1813 et 1814" (C'étaient peut être des fournitures pour l'armée). Et on décide alors d'en "employer les trois quarts pour l'acquisition d'une Maison Commune, n'en ayant pas actuellement aucune, et le quart restant sera payé aux habitants de la section de Moncaubet pour être employé aux réparation de leur petite église".

Le 19 juillet 1822   "Le Conseil Municipal et les quinze forts contribuables réunis arrêtent une imposition extraordinaire à raison de 319 francs sur les contributions foncières pour le produit en être employé à égaler les recette et dépenses communales de l'année 1823 et l'excédant pour être employé à payer la refonte de la cloche".

 

Le 11 février 1826         Coup de tonnerre chez les cabaretiers !  "Le Maire de la commune de Lalongue considérant qu'au mépris des arrêtés de Monsieur le Préfet, les cabaretiers de la commune se permettent de recevoir le public et de débiter du vin pendant les offices divins et pendant la nuit..." Ainsi est-il précisé le contenu de ce fameux arrêté préfectoral :" Il est fait défense à tout cabaretier ou débitant de boisson de donner à boire, à manger, ni à jouer, à aucun individu pendant les offices divins, ni depuis sept heure du soir, à peine pour le contrevenant d'être poursuivi ".

 

Jusqu'à la fin de la période dite de la Restauration, il semble qu'à Lalongue, la vie ait suivi son cours sans soubresauts. Il n'en était pas de même pour la France et son Gouvernement.

 

Ainsi de mars à juin, celui-ci organisa-t-il l'expédition d'Alger, ce qui entraîna le début de la colonisation de l'Algérie. Cette conquête ne ramena pas la confiance dans la royauté dont le régime était de plus en plus contesté. Aussi, à Paris, vit-on au mois de juillet se dresser des barricades. Cet épisode de termina à la mi-août, par la fuite du Roi Charles X vers l'île de Wight.

 

A noter que les caricaturistes de l'époque s'en sont donnés a coeur joie pour représenter l'embarquement du Roi à Bordeaux.

   
   
   

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