Image extraite du "Journal de la France, tome 4".

 

 

                   C'est en 1773 que Pierre Larrieu devint curé de Lalongue; c'était la fin du règne de Louis XV qui mourut l'année suivante. Il fut précédé dans cette charge par Pierre de Vergès en 1718 et Pierre Buchet en 1747 (il faut croire qu'à cette époque il fallait se prénommer Pierre pour devenir curé de Lalongue). Il demeura curé de cette paroisse jusque dans les années révolutionnaires. Il fut remplacé de curieuse façon vers le 13 fructidor de l'an III de la République. Pierre Larrieu était il décédé ? Je n'ai pas trouvé trace de la fin de sa présence à Lalongue. Peut être aussi avait il été démis de ses fonctions pour avoir refusé les serments à répétition que lui demandaient les règlements successifs de la Révolution ?

 

 

   Ci-contre une représentation de Louis XV.

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Nomination à Lalongue

  

 

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           L'an mille sept cent soixante treize et le sixième du mois de mars, au devant de l'église Saint Martin de Lalongue, devant moi, Gabriel Castetbielh premier Jurat du dit lieu, en l'absence du Sieur Castaing Foy de la ville de Lescar notaire royal apostolique du présent diocèse et en présence des témoins bas nommés, a été constitué personnellement le sieur Pierre Larrieu prêtre du présent diocèse, lequel m'a remis un titre de la cure du dit présent lieu conféré en sa faveur le cinq du mois courant par messieurs les vicaires généraux de Monseigneur Illustrissime et Révérendissime Marc Antoine de Noé évêque de Lescar sur la présentation de Noble Pierre d'Arripe directeur de la monnaie de Bayonne, Seigneur du dit lieu de Lalongue, et patron laïque de la dite cure. Le dit titre (est)* signé de messieurs Despalungue et de Lommagne Taride vicaires généraux de Lescar témoins, scellé du sceau épiscopal et contresigné de Costadoat secrétaire, et il y est énoncé que le dit sieur de Larrieu a signé le formulaire du souverain pontife Alexandre septième en vertu duquel titre le même sieur de Larrieu m'a requis de lui donner la possession de la dite cure. En conséquence, moi dit sieur Jurat, ayant fait lecture du dit titre, ai conduit le dit sieur Larrieu dans la dite église où il a pris de l'eau bénite, fait le signe de la croix devant l'autel de la paroisse, a prié Dieu à genoux, baisé le dit autel, lu l'évangile de Saint Jean, dans la sacristie a visité les vase sacrés et ornements sacerdotaux, ensuite a visité les fonts baptismaux, sonné la cloche, ouvert et fermé la porte de la dite église et fait tous autres actes de possession en pareil cas requis sans opposition, en vertu des quels j'ai déclaré au dit sieur de Larrieu lui avoir donné la possession réelle, actuelle et corporelle de la dite cure pour jouir d'icelle et de tous les revenus, droits et honneurs

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et prérogatives qui en dépendent. Du tout (a été)* octroyé acte au dit sieur  de Larrieu au dit lieu de Lalongue le dit jour et an que dessus. Présents et témoins Jean La grange Lalanne archiprêtre de Simacourbe, le sieur Bernard Lavie curé de Germenaud et le sieur Pierre Labat dit Hau du même lieu de Lalongue ont signé avec le dit sieur Larrieu curé et moi dit Jurat à la charge du rapport en main du dit sieur Castaing Foy notaire royal apostolique dans le délai des règlements.

                                        Larrieu Curé

                                                  Lagrange Lalanne Archiprêtre

            Lavie Curé de Germenaud

                                                          Labbat

                                  Castetbielh premier Jurat.

 

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Source, Archives départementales des Pyrénées Atlantiques.

 

Pour une meilleure compréhension du texte, j'ai ajouté de la ponctuation et utilisé l'orthographe actuelle. Il en est de même des emplacements marqués d'une parenthèse et d'une étoile( )* qui ont  été très légèrement modifiés par rapport au texte original.

Dans le texte apparaît le nom de Pierre d'Arripe directeur de la monnaie de Bayonne, Seigneur du dit lieu et patron laïque de la dite cure. Pierre d'Arripe avait acheté la propriété et les titres attachés aux Dufau en 1766. Il est à l'origine du château à son emplacement actuel, mais celui-ci était différent d'aspect, sa forme définitive lui fut donné par Monsieur Yermoloff vers 1870.

  Le patron laïque (ou abbé laïque) est le patron, le protecteur et même pratiquement le propriétaire de l'église: il collectait les dîmes et divers impôts de l'église, à charge pour lui d'assurer l'entretien, rétribution et nominations. Exempté de taille, il bénéficiait  en outre du droit de nommer le curé (mais c'est l'évêque en dernier ressort qui décidait); il recevait le tiers des offrandes faites lors des fêtes et en fin d'année, plus quelques autres avantages honorifiques (documentation retirée partiellement de "Lo Noste Béarn d'Hubert Dutech).

Jurat est le nom donné sous l'ancien Régime aux magistrats municipaux.

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Serment à la première

Constitution Civile du Clergé.

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Source, Registre des Délibérations du Conseil Municipal de 1791.

 

          Serment prêté par le sieur Larrieu curé du lieu de lalongue le vingt février de la présente année mille sept cent quatre vingt onze, en vertu du décret de l'Assemblée nationale du 27 novembre 1790.

          L'an 1791 et le vingt février au présent lieu de Lalongue, et dans l'église paroissiale, à l'issue de la messe, présents les fidèles et le Conseil Général de la Commune, le sieur Larrieu, curé du dit lieu, pour satisfaire au décret du vingt sept novembre dernier, a juré, en vertu de ce décret, de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui lui est confiée, d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, et de maintenir de tout son pouvoir la Constitution purement Civile du Clergé décrété par l'Assemblée Nationale et acceptée par le Roi. Et le dit sieur Larrieu a signé avec nous sur le registre le même jour et an que dessus.

             Larrieu curé                                  Lacoste Officier.

                                               Chaperot Maire             Poulit officier

    Castagnette premier greffier

 

 

Dans les grandes lignes, la Constitution Civile du Clergé faisait entre autre les grandes réformes suivantes.

- Remaniement de la carte des diocèses les faisant coïncider aux départements nouvellement créés.

- Les quatre vingt trois évêques étaient sous l'autorité de dix Métropolitains.

- Chaque paroisse devait en principe compter au moins six mille âmes (ce ne fut appliqué que par endroits).

- La Constitution prévoyait des traitements de 2000 livres par an pour les curés qui étaient considérés comme des fonctionnaires.

- Les curés et évêques seraient élus par le peuple souverain.

- Les évêques ne recevraient plus l'investiture canonique du Pape, mais de leur Métropolitain.

En fait on voulait soumettre l'Eglise à l'autorité civile.

 

Le Roi accepta et signa le décret mais "non sans graves scrupules de Conscience". Quant aux membres du Clergé, la plupart n'étaient pas assez théologiens pour mesurer la nocivité de ces décrets; au reste le Roi n'avait-il pas signé ? Et Le Pape gardait le silence. Alors pourquoi abandonner sa cure, ses paroissiens, et même la situation matérielle maintenant améliorée (extraits du "Journal de la France").

Malgré tout, une bonne partie du Clergé se refusa à jurer ('environ 50% ). Ceux qui ne jurèrent pas furent progressivement exclus, puis pourchassés ou même guillotinés. Lorsque le Pape se déclara hostile à la Constitution, beaucoup de Jureurs se rétractèrent... Que fit Pierre Larrieu ? Je n'ai trouvé aucune trace de quelque décision particulière. Il se laissa peut être tout simplement porter par un mouvement qui dépassait aussi la plupart des gens de son époque.

 

 

 

Manière de forcer la main d'un prêtre à prêter serment.

Image extraite du "Journal de la France, tome 5".

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