La séparation de Moncaubet

 

 

Qui, à Lalongue, se rappelle le contenu du décret du 10 août 1875 ? Et pourtant, Dieu sait s'il fut important pour notre commune ; il s'agissait tout simplement de retirer la Section Moncaubet à l'administration de Lalongue pour la remettre à celle de Simacourbe. Beaucoup d'anciens Lalongais peuvent s'en souvenir, mais connaissent-ils encore les raisons qui ont amené à cette séparation ?

 

 

Pour essayer de répondre à cette question, nous nous sommes appuyés sur les " REGISTRES DES DELIBERATIONS " des Conseils Municipaux de Lalongue pour les années 1845 à 1875. Evidemment les renseignements que nous y avons trouvés pourront être jugés partiels ou même partiaux, mais ils sont l'image réelle de ce que nos " Grands-Pères " ont pensé et écrit. Les passages bleu foncé sont des recopies tirées directement des dits REGISTRES. Pour les personnes récemment arrivées dans la commune, sachez que le quartier Moncaubet se situe sur un coteau parallèle à la route départementale 104 reliant Lalongue à Simacourbe. Si, surtout en hiver, vous vous dirigez vers Simacourbe, à environ mi-chemin, sur votre droite, vous pouvez en apercevoir la chapelle, nichée sur la hauteur, au milieu des arbres.

 

 

Pour bien comprendre le déroulement des faits ayant amené à cette scission, il faut connaître l'imbroglio dans lequel la commune de Lalongue et celle de Simacourbe se trouvaient. Administrativement, les citoyens de Moncaubet (Section Moncaubet) relevaient de la commune de Lalongue. Par contre, les paroissiens de Moncaubet dépendaient du clergé de Simacourbe et, à l'époque, les habitants de nos régions étaient généralement très pratiquants... Le décor était planté. A ce moment là, Lalongue englobait l'ensemble du coteau de Moncaubet jusqu'à proximité de la ferme BISCAYE. A l'est les limites rejoignaient le ruisseau Marquet, puis la route départementale 104 près de la grange " Loustalan " ; à l'ouest elles suivaient celles de la commune de Lussagnet-Lusson (voir la carte jointe au chapitre suivant).

 

**********

Le 29 octobre 1845, la paroisse de Lannecaube, jusqu'ici desservie par le clergé de Lalongue, obtient son autonomie; en effet cette commune est alors devenue " assez considérable " et " les besoins moraux et religieux des deux communes exigent impérieusement qu'elles soient confiées chacune à un pasteur particulier ". Le curé de Lalongue, soulagé d'une charge importante, pourrait donc s'occuper de la Section Moncaubet. Il convient donc " que la Section Moncaubet de Lalongue soit réunie au reste de la commune et distraite de Simacourbe pour le service religieux ". Et voilà c'est parti pour trente ans.

**********

 

Le 14 août 1855, le Conseil Municipal de Lalongue fait référence aux délibérations du Conseil Municipal de Simacourbe, où il est écrit qu'il faut " faire contribuer la commune de Lalongue aux réparations de l'église et au loyer du presbytère de Simacourbe " . Et on y aurait aussi noté que, les gens de la Section Moncaubet étant paroissiens de Simacourbe mais citoyens de Lalongue, cette dernière commune devait par conséquent participer aux frais de culte. Refus immédiat des Lalongais qui prétextent que les habitants de Moncaubet ont déjà payé pour l'édification du presbytère de Lalongue. Et puis, c'est simple, il n'y a qu'à " réunir à la commune de Lalongue pour le spirituel, comme elle l'est déjà au civil, la section de Moncaubet, dont les habitants ont déjà réclamé plusieurs fois à l'autorité diocésaine un service régulier les jours de dimanche et de fêtes ".

Le 23 décembre 1855, nouvelle alerte, plus sérieuse cette fois ; le Conseil Municipal de Simacourbe a demandé à la Préfecture de " réunir pour le civil, à cette dernière commune, la Section de Moncaubet ou de l'en distraire, tant pour le spirituel que pour le temporel ". Dans sa demande, Simacourbe devait aussi avoir fait allusion aux voies de communication, car les Lalongais rétorquent que si "les habitants de Moncaubet traversent Simacourbe pour aller aux marchés de Lembeye, de Morlaas et de Pau ", ce ne semble pas un motif raisonnable pour rebâtir les deux communes ; d'autant que de très nombreuses autres communes seraient dans des cas semblables et donc sujettes à des modifications perpétuelles. Et puis, le chemin entre Moncaubet et Lalongue serait de mauvaise qualité ? C'est sûrement vrai, mais " il est facile d'y obvier au moyen des réparations que le Conseil Municipal est tout disposer à effectuer " ; encore que, malgré l'état actuel du chemin, " un grand nombre d'habitants de Moncaubet viennent fort souvent entendre la messe à Lalongue qui n'est pas leur paroisse et cela, sans y être amené par des affaires de Mairie ".

Le 13 février 1861, petite escarmouche du même type que celle du 14 août 1855. Mr le Préfet transmet à Lalongue une lettre de Simacourbe concernant une demande de participation " de 29 francs et 25 centimes pour le loyer du curé de Simacourbe ". La réponse est nettement négative : à la chapelle de Moncaubet la messe n 'est célébrée " qu'une fois par an, le jour de la fête locale " ou encore certains " jours non fériés et pour les défunts " ; par contre Lalongue " ne reçoit aucune indemnité de logement " pour son curé " de la part des deux annexes de Lannegrasse et de Germenaud qui sont desservies régulièrement chaque semaine à tour de rôle".

 

 

Alors pourquoi payer pour les autres ? Pendant quelques années l'affaire semble se tasser ; la commune de Lalongue, dynamisée par cette chaude alerte, fait de gros efforts pour réhabiliter le chemin vicinal n°3, dit chemin de Moncaubet. Et l'on voit qu'au cours des années 1863 à 1866, le budget affecté à ce chemin monte à 565,47 francs, alors que pour les chemins 2,4,5 et 6 il n'y a en tout que 494,78 francs de prévus. En plus, fin 1866, le Préfet accorde une somme de 300 francs, à laquelle la commune de Lalongue ajoute 300 autres francs empruntés, pour " la continuation des travaux d'ouverture du chemin vicinal ordinaire n°3 dit de Moncaubet ". Et le 9 février 1868, le Conseil Municipal paraît se glorifier de la qualité du  "chemin rétabli à neuf par des sacrifices considérables ". Ce chemin " offre un ensemble tellement exceptionnel que peu de communes pauvres, comme Lalongue, pourraient en présenter un semblable ". Il faut quand même signaler que seul un gué et une passerelle permettaient alors de traverser le ruisseau Marchet. La construction d'un " ponceau " est alors réalisée pour un montant de 176,80 francs. (§ Note 1).

 

 

Ci-dessus les limites actuelles de Lalongue en marron et en violet la partie Moncaubet qui était la cause du litige inter-communal.

En rouge, on peu voir la partie nouvellement créée du chemin de Moncaubet et, en vert, l'ancienne voie de communication. Celle-ci empruntait ce qui depuis est devenu le chemin de Marlère (Marlère s'appelait alors Cabadère et le chemin était dit de Hérisseur), puis après avoir traversée le ruisseau Marquet, montait rapidement le coteau pour en atteindre le sommet près de l'ancienne demeure Larrieu. Ce chemin que l'on peu deviner encore dans les bois devait être d'un accès difficile ne serait-ce que du fait de la pente assez raide en cet endroit.

**********

- Note-1.  Ce petit pont, encore en place, est constitué de deux murets montés en briques et chaux supportant cinq grosses dalles jointives en pierre noire. Chaque pierre mesure environ 3 mètres de long, 85 centimètres de large et 25 centimètres d'épaisseur. 

**********

Mais comme un feu sous la cendre, la polémique intercommunale va finir par se réveiller beaucoup plus fortement encore.

Le 14 août 1868 débute le grand branle-bas des hostilités. Ce n'est plus le Conseil Municipal de Simacourbe qui sonne la charge, mais tout simplement une partie des habitants de Moncaubet qui ont envoyé une pétition à la Préfecture demandant "que leur Section soit soustraite de la commune de Lalongue pour être réunie à celle de Simacourbe". Il est aussi noté l'existence d'une autre pétition "de sens opposé et demandant la réunion à la paroisse de Lalongue" qui a été transmise au maire de Lalongue, Mr Yermoloff ; mais, surprise, sept personnes figurent sur les deux pétitions dont un conseiller municipal qui jure que ce n'est pas lui le signataire, mais son fils ! En plus on fait remarquer que quatre noms parmi les sécessionnistes "appartiennent à des forains" (personnes non résidentes).

Reprenant la pétition le Conseil Municipal répond point par point à Mr le Préfet :

           - Il est alors fait mention des différents déjà anciens concernant les limites communales et paroissiales et bien entendu la réponse est la même que celle donnée en 1855 et 1861. - Quant aux voies de communication, elles "ont été améliorées et la commune n'a négligé pour cela aucun sacrifice, ainsi que l'Agent Voyer peut en témoigner". - Il est admis que "le Conseil Municipal et le Maire de Simacourbe sont étrangers aux réclamations actuelles".

           - En réponse à la notion de "courant naturel vers Lembeye et vers Pau", Lalongue oppose l'inefficacité prouvée des regroupements successifs des pouvoirs administratifs (l'argumentation paraît assez vague).

           - Les enfants de la Section Moncaubet auraient "toujours fréquenté l'école de Simacourbe"? Faux, et à preuve, "les habitants les plus lettrés de la Section ont reçu l'instruction soit à Lalongue soit à l'école libre…".

           - Enfin du nouveau, dans la pétition on parle "de la fréquentation plus assidue, depuis l'institution de l'école de filles établie à Simacourbe, de la préparation à la première communion, de l'entente qui peut s'établir entre le prêtre et l'instituteur".

C'en est trop, Lalongue avait bien, depuis longtemps déjà, une école de filles, mais les enfants de Moncaubet étaient obligés d'aller à Simacourbe pour se préparer à la communion, alors pourquoi feraient ils deux déplacements ? Le piège est évident pour les Lalongais : "On fait valoir les avantages de cette école pour Moncaubet en y attirant, si on ne leur impose pas, les enfants que le catéchisme amène déjà dans la paroisse" ; et cela permet "de parer à l'insuffisance des ressources (de Simacourbe) en diminuant celles de la commune voisine".

A la suite de quoi le Conseil Municipal réitère à la préfecture sa demande de réunion de la Section de Moncaubet à la paroisse de Lalongue.

Quelques années passent ; nous arrivons au 12 juillet 1872. La séparation fait son chemin ; une lettre du Préfet demande l'avis du Conseil Municipal de Lalongue, non seulement sur la scission, mais aussi sur le tracé prévu des nouvelles limites des deux communes et sur les résultats d'un sondage mené auprès des habitants de Moncaubet par un Commissaire Enquêteur. En dehors des réponses déjà faites les années précédentes, les délibérations font état des réponses données la veille par la Commission Syndicale qui a été créée le 24 mars 1872 à partir des conseillers municipaux de Lalongue et des électeurs de Moncaubet (29) ; cette Commission devait donner son avis sur le "projet de distraction de la Section Moncaubet de la commune de Lalongue et de sa réunion à Simacourbe".

 Cette Commission fait entendre les arguments suivants :

          - Cette réunion "n'aurait pas pour résultat les avantages préconisés par certaines personnes".

          - "Cette réunion est contraire aux préférences… de bien des habitants de la Section Moncaubet", et ce malgré "les difficultés de service religieux… et les questions de catéchisme".

          - Monsieur le Commissaire Enquêteur ne devrait pas se "croire autorisé à compter le silence des absents comme un vote affirmatif".

          - Monsieur le Commissaire ne devrait pas "conclure à l'unanimité des habitants de Moncaubet, tandis que dans son propre procès verbal se trouvent, comme opposées à la distraction, les signatures de deux d'entre nous..." et "les déclarations de…(6 habitants) tous appartenant à la Section Moncaubet".

Il faut aussi signaler l'étonnement et la colère du Conseil Municipal lorsqu'il signale que "la métairie dite de La Planne" est incluse dans le nouveau tracé de Simacourbe ; cette erreur fut d'ailleurs vite rectifiée. Ultime argument, cinq personnes âgées de Moncaubet se sont présentées à la Mairie de Lalongue "dans le but d'établir des faits intéressant la commune… A une certaine époque la Section de Moncaubet avait été desservie pour le service religieux par le curé de Lalongue… le curé Gérard" et "cet ecclésiastique a fait faire la première communion" à deux d'entre elles. La preuve semblait faite que la Section Moncaubet pouvait et devait faire partie de la paroisse de Lalongue.

Rien n'y fit et l'inévitable se produisit, un décret signé du ministère de l'intérieur mit fin aux palabres.

 

 

Document numérisé à partir d'une photocopie de l'original.

 

Dans les Registre Municipaux, il n'est pas fait mention de l'état d'esprit des habitants de Lalongue à l'annonce de cette nouvelle depuis longtemps attendue et tant redoutée. De nouvelles élections municipales eurent donc lieu le 19 octobre 1875. En 1874, pour une population d'environ 500 habitants, il y avait eu 153 électeurs ; en 1875, il n'y en avait plus que 127.

La Section Moncaubet faisait maintenant partie de Simacourbe.

 

**********