Un certain mois de Juillet 1944.

 

 

Portet

             Le 3 juillet 1944, 1200 Allemands, dont des compagnies SS, montèrent à l’assaut du village occupé par 160 résistants. 15 résistants et 5 victimes civiles tombèrent au champ d’honneur. Les maisons furent pillées et 20 furent incendiées, dont une avec ses propriétaires. Les troupes allemandes firent 43 prisonniers qui furent transportés à Pau où, après avoir été interrogés sous la torture, ils furent exécutés à la sortie de Pont-Long.

Extraits du site de la Communauté de Commune de Garlin.

Ci-contre, la stèle commémorative élevée dans le village de Portet.

 

 

Lalongue

Et puis, un beau matin, vraisemblablement renseignées par un « dénonciateur » qui devait être du village, les troupes allemandes organisèrent un bouclage sévère de Lalongue ainsi qu’une fouille systématique des maisons du bourg. Ils étaient à la recherche de Résistants qui depuis quelques jours y demeuraient. C’était le 8 juillet 1944.  

            Pour décrire cette journée, j’ai pu consulter le journal de Clémente et obtenir quelques détails supplémentaires au cours de conversations avec elle et son « petit frère » Georges qui ont vécu cette difficile aventure. Clémente écrit :   

 « La veille de ce jour l’atmosphère était pesante, nous avions comme un pressentiment de malheur….

Donc ce matin là, dans un demi-sommeil, je fus alertée par un bruit de bottes cadencé. Rêve ou réalité ? Je me réveillai en sursaut ; la peur au ventre, je me dirigeai vers la fenêtre grand ouverte de ma chambre. Cachée derrière le rideau, j’observai ce qui se passait : une troupe de soldats allemands armés jusqu’aux dents attendait. Quelques uns étaient couchés à plat ventre devant la maison et dans notre jardin, leurs fusils braqués en direction de nos fenêtres, prêts à tirer. Et puis mon regard s’arrêta tout à coup derrière notre portail où, sur la route, sous le contrôle des armes allemandes, je vis tous les hommes du voisinage qui avaient été regroupés. Très effrayée, je me décidai alors à réveiller au plus vite mes parents, ma sœur aînée et mon petit frère. Puis je descendis les escaliers en suivant mes parents et me précipitai vers la TSF afin d’en changer la fréquence qui était positionnée sur "Radio Londres ".

Brusquement, le bouton à peine tourné, de nombreux soldats pénétrèrent dans la maison et fouillèrent partout en nous criant « terroristes ? » ; en fait ils cherchaient des résistants sensés se cacher dans le village. Un des soldats, dans un français peu clair, nous fit comprendre que s’ils les trouvaient, ils mettraient le feu à la commune et fusilleraient tout le monde. A ce moment là, je craignais fortement qu’ils tombent sur les fusils de chasse que papa avait cachés  dans le grenier ; s’ils les avaient trouvés nous étions bons pour être arrêtés et fusillés sur le champ. Mais, heureusement, papa les avait changés de cachette et il n’y avait plus rien dans le grenier. Ils retournèrent toute notre maison et cherchèrent en vain une quelconque trace de séjour ou de passage de "terroriste". Alors, bredouilles et en colère, ils nous menacèrent un moment en pointant leurs fusils vers nous. Terrorisés, et cachant vaille que vaille notre peur, nous fûmes longuement interrogés. Enfin, insatisfaits de leur échec, ils prirent en otage notre papa qui ainsi rejoignit les autres Lalongais qu’ils avaient déjà pris.

Alors, tassés sur le seuil de la porte de la maison, nous vîmes les Allemands fouiller maison par maison le reste du village et en extraire les hommes présents. Nous entendions aussi, non loin de notre maison, dans les bois du château, de très nombreux coups de feu tirés par des soldats qui essayaient probablement de se faire quelques résistants; tiraient-ils sur des hommes en fuite ou, inquiets, sur des buissons qui leur semblaient avoir bougé? Apparemment ce fut en pure perte.

La suite, ce fut notre papa qui nous la raconta en rentrant chez nous sain et sauf mais encore sous le coup d’une très forte émotion.

            Il faut savoir que parmi les otages se trouvaient quelques Alsaciens réfugiés dans la commune; ils comprenaient l’allemand et purent ainsi plus ou moins saisir ce que se disaient les soldats et plus tard en rendre compte aux autres Lalongais. Il faut savoir aussi que les Allemands, en venant à Lalongue, avaient trouvé une tombe grossière fraîchement creusée sur le bord de la route à l’entrée du village. Il s’agissait de la sépulture hâtive d’un « dénonciateur » appartenant probablement à la milice et qui avait été " descendu " par la Résistance peu de temps auparavant ; il n’était pas de Lalongue».

 

C’est Georges, le petit frère, qui parle : « le curé du village, le Père Colotte, originaire de Lorraine et qui lui aussi parlait un peu l’allemand, à une question d’un soldat « Qui est enterré là-bas ? », répondit troublé : «c’est un partisan des Allemands, que j’ai même entendu en confession avant qu’il ne soit fusillé». Cette réponse jeta un grand trouble parmi les Alsaciens qui se dirent : « Les Allemands vont ainsi savoir que des résistants vivent à proximité ». Heureusement, l’officier responsable qui était Autrichien répondit : «qu’ils se démerdent entre Français ! »

            Clémente continue : « et puis, cet avion apparemment chargé d’une grosse bombe, qui depuis le matin tournait sans cesse au-dessus de nous, amplifiait encore notre angoisse.

            Pendant ce temps, les otages avaient tous été alignés le long du mur du château, situé juste en face de l’école des filles et de la maison Chaperot, devenue maison Latisnère. Alors que chacun s’interrogeait sur ce qui allait pouvoir se produire, deux estafettes allemandes motocyclistes arrivèrent, venant de Garlin. Sur leur chemin, elles avaient trouvé deux des leurs, morts. Fous de colère, ils hurlèrent vers les officiers « fusillez-les tous ! ». Mais l’officier responsable, parlant à ses soldats, soulagea un peu la pression et conclut  «  il y a eu assez de carnage comme cela », peut être faisait-il allusion au drame de Portet

 

L’affaire en resta là, mais les hommes en otages, dont certains avaient fait la guerre de 14/18, vécurent certainement une de leur plus longue journée. Ils restèrent, debout contre le mur, depuis le lever du soleil jusqu’au début de l’après-midi sous un soleil brûlant de juillet, et cela, sans savoir s’ils pourraient survivre jusqu’à la tombée de la nuit. Tous s’en sortir sains et saufs, mais très choqués... un moindre mal !

Ce même jour, les comtesses qui, dans leur château, hébergeaient une famille juive, réussirent à la cachée sous un escalier dont seule la comtesse France connaissait l’existence.

En réalité, les maquisards avaient bien résidé à Lalongue durant quelques jours et par chance, pour les lalongais, étaient partis la veille. C’est pendant leur court séjour qu’ils avaient réglé le sort du « dénonciateur » dont nous avons parlé plus haut ».

**  Clémente est décédée en 2012; je ne peux penser à elle sans me souvenir du sourire avec lequel elle m'accueillait lorsque je passais chez elle pour la questionner sur ces malheureux évennements. Qu'elle en soit remerciée encore une fois.

 

 

Monassut

Extraits d’un site consacré au Corps Franc Pommies.

Le 13 juillet 1944, les sections Boutin et Villard qui étaient cantonnées autour de Burosse Mendousse, reçoivent l’ordre de se rapprocher de Morlaas en vue d’un gros parachutage. A 8 heures du matin, les deux sections font leur mouvement. A midi, au moment de traverser la route nationale Morlaas-Lembeye, l’adjudant chef Sarrazin s’aperçut qu’il manquait une voiture au convoi prévu. Il fit arrêter les 2 sections et plaça 2 guetteurs sur la route pour surveiller les mouvements.

 

Tout à coup, un guetteur signala des voitures allemandes. En l’absence de Boutin et de Villard, Sarrazin prit le commandement et donna l’ordre de mettre en batterie. Dès que la première voiture légère allemande arriva à environ 5 mètres de lui, Sarrazin fit feu de sa mitraillette et tua les 5 occupants. Il commanda aussitôt « feu pour tout le monde »et les 4 voitures restantes furent neutralisées. Alors arriva un convoi bien plus important, comprenant entre autre 2 automitrailleuses et deux camions de miliciens. Le repli des deux sections était impossible, il était trop tard et les Allemands trop nombreux.

Sarrazin décida donc d’attaquer le convoi malgré la disproportion des forces. Le feu s’ouvrit lorsque le premier camion paru à environ 200 mètres des tireurs. L’ennemi essaya bien d’encercler les sections et donna successivement 2 assauts qui furent repoussés.

 

Aussitôt après le deuxième assaut, Sarrazin donna l’ordre de repli aux survivants et, grâce au sergent Lorgue et aux chasseurs Bourtoul, Sarrado et Gil, qui avec mitraillettes et grenades fixèrent l’ennemi, les autres purent se replier en emportant deux blessés : le sergent chef Chourret Prosper et le sergent Sarrazin Charles. Pendant le repli, Marcel Lamarque est grièvement blessé ainsi que Jean Marie Clos-Pucheu ; dans l’impossibilité de bouger, ils seront achevés par leurs adversaires. De même 7 autres camarades y ont trouvé la mort. Ce sont : l’adjudant chef Boutin, le sergent Pierre Gaillot, les chasseurs Pierre Cazaubon, Roger Abadie, Gérard Langeles, Jean Louis Lebleu et Paul Aubert-Salles. Tous ces corps seront retrouvés défigurés par l’ennemi.

            Pertes ennemi : 57 morts et 30 blessés.  

 

Et là, c’est Georges qui me raconte :  

« Il y avait certains maquisards qui étaient montés dans le clocher du village et avaient allumé le convoi allemand au fusil et fusil mitrailleur. A la fin de ce combat, ces maquisards furent sauvés par le Curé de Monassut qui les cacha dans le poulailler du presbytère jusqu’au départ des Allemands.

C’est aussi le curé de Monassut qui célébra les obsèques des maquisards tués ».

 

Et puis, Clémente ajoute :

« J’étais à la maison, les fenêtres ouvertes, et j’entendis de très nombreux coups de feu sans pouvoir vraiment en déterminer l’origine. J’étais très inquiète car papa était parti à Lembeye le matin à vélo et il n’était pas de retour. Quand enfin il est revenu, il nous a dit qu’il avait été doublé par un convoi allemand qui de Lembeye se dirigeait vers Pau et qu’il « avait eu grand peur». C’était ce convoi qui était tombé dans l’embuscade quelques kilomètres plus loin.

 

 

Cela se passait en juillet 1944; gardons toujours présent en notre mémoire ces moments terribles où des gens courageusement se sont levés pour que nous puissions vivre libres dans une France libre.

 

 

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